Six énigmes pour Don Isidro Parodi, de Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares

Participants :

Auteur : Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares

Editeur : Editions 10/18 (4 janvier 2008)
Collection : Grands détectives

Histoire :

Don Isidro Parodi est le prisonnier de la cellule 273, inculpé bien qu’ innocent. Seul dans sa dernière résidence, il a réussi à développer un sens de la logique, de la perception des choses bien supérieur à la moyenne. Ainsi, des individus tous atypiques et pittoresques viennent tour à tour lui raconter leur problème, les énigmes qu’ils n’arrivent à résoudre. Il s’agit de meurtre ou de vol quand les deux ne sont pas conjugués. Chaque fois, le prisonnier arrive à dénouer les fils de l’intrigue, à mettre de l’ordre dans tous les mensonges et les vérités qui lui sont contés. Le lecteur, luin b’y voit que du feu…

Opinion :

Le lecteur n’y voit que du feu… C’est justement là tout le problème de ces six nouvelles : le dénouement arrive trop rapidement, Don Isidro donne sa solution trop vite pour que le lecteur comprenne le raisonnement, ce qui enlève toute sa force à la chute. Il n’y a aucun suspens. Celle-ci reste cependant, il faut l’avouer, tout le temps suprenante. Mais la question qu’on se pose à la fin de chaque nouvelle serait du genre : « Bon. Et alors? ». De plus, l’intrigue est difficile à suivre entre le temps, le lieux et les nombreus protagonistes.
Toutefois, il faut reconnaitre à l’auteur un style magnifique… pour ceux qui y accrochent. En effet, il pourrait être qualifié de « vieux ». A raison, les plus anciennes nouvelles datant des années 10, et les plus récentes des années quarante. Il ne serait donc pas le moins du monde surprenant qu’un lecteur d’une jeune génération ne puisse s’y attacher. On n’écrit plus comme cela, et paradoxalement, c’est cela qui peut captiver. Comment définir le style? Difficile à vrai dire, unique. Personnellement, je l’ai apprécié car justement « démodé » mais ne pourrais vous le décrire précisément. Plus tard peut-être Clin doeil.



Voleur?

Enigme 2 :

C’était le vingt-deuxième jour de mai, en 1874.

La porte de la cellule s’ouvrit dans un grincement sinistre. Un homme entre deux âges, vêtu d’un élégante redingote de velours sombre pénétra dans la pièce humide. Il s’assit sur le lit réglementaire, posant sa saccoche à côté de lui. Le lourd battant de fer se referma. L’homme n’était pas le prisonnier. Le pensionnaire de la cellule, un individu bien enveloppé, au crâne rasé, était assis sur une chaise branlante, derrière un bureau dans le même état. Il s’appelait Luigi Giacomo, un ancien savant que le savoir n’avait pas quitté. Les magistrats avaient cependant jugé que ses recherches frôlaient l’hérésie et l’avaient incarné pour le restant de ses jours. Peut-être heureusement pour lui, « le restant de ses jours » se serait pas si long.

La prison lui avait cependant offert une toute nouvelle renommée. La solitude et l’enfermement avaient développé chez lui une vision des choses différente du commun des mortels, et ainsi, il avait donné la solution a de nombreux problèmes qui à première vue semblaient insolubles. Dans un cadre différent, certains venaient pour puiser des informations de ses connaissances, sa mémoire n’étant pas le moins du monde altérée.

Le visiteur, lui, s’appelait Luc Bermet. Après une seconde d’hésitation, il reprit sa saccoche et se leva du lit pour venir s’asseoir en face du prisonnier. Celui, avec un sourire, remarqua :

-Ah! Un instant j’ai cru que m’avoir en face de vous vous dégoutait…

-Je ne suis pas là pour rire Giacomo. Ecoutez simplement ce qui m’amène ici. J’ai besoin de votre clairvoyance. Je commencerai, comme il se doit, pas le début. Tout d’abord, je m’appelle Luc Bermet, antiquaire dans une petit magasin rue Des Trois chemins, non loin d’ici.

Il s’arrêta et sépongea le front d’un mouchoir en dentelle.

-C’est une tout nouvelle boutique, que j’ai inauguré il y a une dizaine de jours. J’y vends une foule de choses, du plus cher au pratiquement gratuit. Toutes mes ventes, je les consigne dans un livre de comptes. Tenez le voici.

Il sortit un cahier relié de cuir, l’ouvrit, et montrant du doigt pendant qu’il parlait, expliqua :

-Par exemple, j’ai calculé qu’hier, mes bénéfices moyens par jour depuis l’ouverture étaient de cent cinq piastres. Aujourd’hui, un chiffre d’affaire de cinquante piastres a fait baissé ce bénéfice moyen à cent piastres, et ici vous pouvez…

Luigi, qui s’était penché par curiosité naturelle sur les comptes, l’interrompit :

-Etes-vous venu ici pour m’expliquer les lois du marché?

-Non, non, excusez-moi, je m’égare. Ce que je voulais dire, c’était que je suis organisé. Très organisé. Rien ne se perd dans mon magasin, les noms des acheteurs sont consignés dans un registre, l’emplacement des articles est répertorié. Rien ne m’échappe, et je suis sûr de tout ce que j’ai à dire.

Il y a douze jours, un samedi, un homme du nom de Alberto Fernando est passé dans mon magasin et a longtemps tourné autour d’un lustre du 18ème. Quand il s’est enfin décidé à parler, il m’a demandé s’il pouvait me l’emprunter pour la semaine suivante, moyennant un prix. Nous avons convenu d’une somme inférieure à son prix réel pour cette location, puis il parti. Pour ne jamais revenir. Regardez, son nom est là, dans le registre. Quand j’ai tenté de le contacter, miracle! j’ai appris qu’il était parti en Belgique. Intellligent, c’est sûr! Le lustre là-bas, j’aurais bien du mal à le récupérer.

Ce n’est pas tout. Imaginez mon étonnement quand ma propre fille m’a appris qu’elle désirait se fiancer avec un homme qu’elle avait rencontré plusieurs mois auparavant, et que cet homme s’appelait Alberto Fernando? Quand je l’ai appris, la semaine impartie n’était pas encore écoulée, je n’ai donc ressenti que de la surprise. Mais quand, le lendemain même, elle avait disparu… Inutile de vous dire ma réaction.

Une lettre est déjà partie, je lui ai demandé de remonter à la capitale. Je n’ai pas encore eu sa réponse, mais j’espère qu’il viendra, avec ou sans cette garce.

Je sais n’avoir aucune preuve contre lui, personne ne l’a vu, et mes registres ne peuvent servir pour l’accuser. C’est pour cela que je viens vous voir. Pouvez-vous m’aider? Je suis sûr de sa culpabilité.

En guise de réponse, le savant poussa un long soupir.

*


Deux semaines plus tard, Fernando entrait dans la même cellule et s’asseyait sur la même chaise. Jeune, le teint métissé, un sourire éclatant, des habits à la toute dernière mode, il n’avait pas du tout l’apparence d’un voleur. Sans rien perdre de son aisance, il commença :

-J’ai déjà entendu parler de vous, Giacomo. Certains de nos amis Belges ont même eu vent de votre intelligence. Et c’est à cette intelligence qu’on confie une telle affaire? Un vol sorti de l’imagination d’un vieux fou? Vous savez aussi bien que moi que je n’ai rien volé.

-En l’état des choses, grommela Luigi, je ne suis pas en position de juger.

-Ah oui? Et si je vous disais que je suis l’amant de sa fille et qu’elle m’a rapporté les pires atrocités sur lui?

-Mon opinion n’est pas encore fait. Racontez-moi simplement votre version des faits.

-Soit. J’ai rencontré la fille de cet escroc il y a quelques mois. Une perle, croyez-moi. J’ai de la chance qu’elle m’ait choisi. Ensemble nous sommes heureux, nous sommes faits pour être ensembles. Mais elle ne voulait rien dire à son père, et le peu qu’elle a laissé entendre laissait imaginer le pire. Sans m’avancer, il est possible qu’il la battait… Bref, elle avait trop peur de sa réaction pour lui parler de notre liaison. C’est pourquoi nous avons décidé de nous fiancer sans son accord. De mon côté, j’ai fait les préparatifs, écumé Paris à la recherche de cadeaux, de tout ce qui pourrait faire de ces fiançailles un grand moment de bonheur. Effectivement, je suis allé dans la boutique de ce Luc, mais par pure coïncidence. Oui, j’ai observé le lustre, pour finalement partir sans rien acheter, ni louer d’ailleurs.

-Etait-ce le 10 mai?

-Dans ces eaux là oui, je ne me souviens plus exactement. Mais ce ne pouvait être le 11 ou après, car je suis parti en Belgique ce jour-là. Toujours est-il que nous nous sommes mariés et que je suis le plus heureux des hommes, quelque soient les difficultés que je devrais désormais affronter. Ma femme, pour plus de sécurité, est resté à Bruxelles. On ne sait pas de quoi serait capable son père…

Il se leva, salua et partit.

*


Le jour suivant, Luc Bermet revenait. Il s’assit en face de Luigi, et sans préambule, questionna :

-Avez-vous trouvé une preuve?

Giacomo sourit, soupira, puis déclara :

-Oui.  

Voleur? dans Enigmes doc Solution

 

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Fou ou magicien?

Enigme 1 :

Ferdinand était encadré de deux hommes, tous deux de blanc vêtus. Le couloir dans lequel ils marchaient était immaculé, aseptisé. Leurs pas résonnaient sinistrement. S’écoulèrent ainsi plusieurs minutes : ils traversaient des salles toutes semblables, empruntaient des corridors interminables.

C’était l’établissement psychiatrique de Sainte Clotilde, dirigé par le docteur Gunberg depuis trente ans, aidé de dix infirmiers et infirmières. Dans l’établissement, il n’y avait jamais plus de cinquante pensionnaires, que des hommes tous différents les uns des autres, tous aussi fous. Les cas les plus graves disait-on… La plupart étaient là depuis le plus jeune âge. Certains disaient que Gunberg, au fil du temps était lui aussi devenu dérangé.

Les deux infirmiers s’arrêtèrent devant une porte qu’ils ouvrirent sans frapper, puis firent entrer Ferdinand, qui avança sûr de lui dans la pièce. Plaquée de boiseries sombres et ornée de tableaux baroques, elle tranchait incroyablement avec les reste de l’hôpital. Assis derrière un large bureau, se tenait Gunberg. Il se leva et commença, avec une voix de stentor :

Alors voici le dernier arrivé. Ferdinand… Fernaud c’est cela?

L’intéressé acquiesça, le regard fixe. C’était dans les habitudes du chef des lieux d’accueillir chaque nouveau client, comme il les appelait. Pour le nombre restreint qu’il avait, il pouvait bien se le permettre.

Si j’en crois votre dossier, vous êtes sujet à des hallucinations fréquentes. Mais elles n’affectent pas votre comportement, vous restez calme. Et… vous dites posséder un « pouvoir de vision » pour reprendre vos paroles, comme personne autre?

C’est exact, mais jusqu’alors, personne n’a voulu me croire. Voulez-vous une démonstration?

Le docteur haussa les sourcils, surpris. Mais un sourire éclaira son visage, et il répondit :

-Ce serait avec grand plaisir! Si je vous demande d’aller chercher quatre pensionnaires, un par un, pourriez-vous le faire? Le premier est nommé Marc Formento. En êtes-vous capable ?

-Bien sûr.

-Magnifique! Tous sont en ce moment en train de manger, allez les voir et ramenez-moi cet homme.

Ferdinand sortit, surveillé de près par les deux médecins qui le suivirent jusqu’au réfectoire. Là, le soi-disant magicien se dirigea sans hésiter vers
un homme mince, squelettique qui tremblait de tous ces membres. Il revint avec lui dans le bureau

Bien, maintenant allez chercher José Anglade.

Il sortit une nouvelle fois, et cette fois s’arrêta sur le seuil du réfectoire, hésitant. Il ferma les yeux, se concentra, et alla à la table d’un homme passablement gros, l’air triste, pathétique. Celui-ci se leva, maussade et suivit Ferdinand. Lorsqu’ils arrivèrent dans le bureau de Gunberg, celui-ci affichait un large sourire.

Incroyable! Le troisième est Andreï Ivanov.

Encore une fois, Ferdinand rejoignit le réfectoire. Cette fois l’effort qu’il procura sembla énorme. Ses poings étaient serrés, son front se plissait et des spasmes le secouaient. Enfin, il se décontracta et désigna du doigt un individu musclé, haut de près de deux mètres, seul à sa table. Et pour cause, il semblait prêt à frapper tout ce qui bougeait. Les deux accompagnateurs réussirent cependant à l’amener devant le chef de l’établissement, qui déclara :

Non, ce n’est pas possible! Comment faîtes-vous? je veux vous voir faire, je veux vous voir trouver le dernier des quatre. Son nom est Paolo Molinari.

Ainsi Gunberg accompagna Ferdinand. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle à manger, Ferdinand mit ses doigts sur ses tempes et sembla entrer dans une sorte de transe. Des gouttes de sueur commencèrent à perler sur son front. Le Docteur, s’affolant s’exclama :

Arrêtez-vous, mon dieu! Ne vous tuez pas pour cela. Tenez, je vais vous aider. Molinari est celui qui n’arrête pas de sauter comme un singe à l’autre bout de la salle.

Les deux infirmiers allèrent chercher le pensionnaire en question et le ramenèrent. Tous repartirent dans le bureau. Les quatre hommes étaient alignés le long du mur, l’un tremblant, l’autre maussade, l’autre le visage rouge de fureur, le dernier poussant de petits cris suraigus. Gunberg, avec un air solennel, questionna :

Messieurs, êtes-vous bien Marc Formento, José Anglade, Andreï Ivanov et Paolo Molinari?

Tous à l’unisson répondirent oui, plus ou moins audiblement. Le maitre des lieux se tourna vers Ferdinand, pas encore remis de ses efforts, et lui dit :

Je n’avais jamais vu ça auparavant. Je ne l’oublierai pas!

Et chacun repartit. Alors que les deux infirmiers partaient à leur tour, le docteur leur adressa un clin d’oeil. Quand la porte eut claqué, il se mit à rire à gorge déployée. Lorsque, quelques minutes plus tard, il se fut calmé, il se dit à lui-même :

Ce nouveau est vraiment fou, en effet…

Sachant que Ferdinand n’a aucun pouvoir magique, que les infirmiers le l’ont pas influencé dans ses choix, qu’il n’avait jamais vu auparavant les quatre pensionnaires, que ces qutre ci n’ont pas menti quand on leur a demandé si les noms donné par Gunberg étaient bien les leurs, que la logique seulement vous permettra de trouver la solution, comment cette histoire peut-elle avoir un sens? Bonne réflexion!

 

Fou ou magicien? dans Enigmes doc Solution

 

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